De l'action syndicale et Wal-Mart (2)
Il y a déjà eu deux Allemagne: l'une, celle de l'Ouest, était prospère et riche; l'autre, la communiste, était pauvre et devait subir une pesante dictature. Il y a toujours deux Corée: l'une, celle du Sud, qui a connu une croissance phénoménale et se classe parmi les pays développés; l'autre, celle du Nord, plongée dans la misère et la famine tout en étant écrasée par un despote mégalomane. Il y a toujours deux Chine: l'une qui s'appelle Taiwan et dont l'économie a fait d'énormes progrès; l'autre, la communiste, sous-développée avant qu'elle décide de libéraliser son économie.
Johan Norberg, dans son livre sur la mondialisation, donne ces pays en exemple parce que dans les trois cas, il s'agit d'un même peuple divisé entre deux États. Donc, écrit Norberg, «des populations partageant les mêmes antécédents historiques, la même langue et les mêmes normes culturelles». Et pourtant, quelles différences de conditions! Quand on observe ce qui se passe dans le monde, quand on analyse la progression de la mondialisation (c'est-à-dire du libre-échange mondial), il saute aux yeux de quiconque ne souffre pas d'un aveuglement idéologique que là où il y a croissance et développement, il y a une économie fondée sur la liberté, l'ouverture sur le monde et une absence d'incertitude concernant les droits de propriété.
Tout système qui brime la liberté des individus et qui érige l'État en maître d'oeuvre de la production agricole et industrielle est voué au sous-développement et à la pénurie. Cette assertion résulte d'une simple observation de la réalité historique. La collectivisation de l'agriculture à travers le monde n'a provoqué que baisse radicale des récoltes et souvent des famines dévastatrices. La mainmise de l'État sur les moyens de production industrielle et sur le commerce n'a provoqué que reculs, régressions et disettes.
La liberté est un attribut essentiel de l'être humain. L'État de droit consiste à assurer la protection de cette liberté sous toutes ses formes. Libertés intellectuelles de pensée et d'expression; liberté politique, c'est-à-dire liberté de choisir ses gouvernants dans un cadre démocratique; libertés économiques, ce qui veut dire liberté d'entreprendre, liberté de produire, liberté de commercer et d'échanger. Et l'exercice de ces libertés économiques donne lieu à ce qu'on appelle l'économie de marché. Dans le monde actuel, tous les pays qui connaissent la prospérité sont des économies de marché. C'est, bien sûr, le cas du Québec.
«Et sur le marché libre, écrit l'économiste Pascal Salin, c'est le rôle des consommateurs que d'exercer leur libre-choix, c'est-à-dire d'éviter les gaspillages et les entraves à leur propre épanouissement». Me suivez-vous? Ce n'est pas à une centrale syndicale, ni à des partis politiques, ni à des lobbies protectionnistes, encore moins à l'État et au gouvernement, qu'il appartient d'imposer à l'individu libre la liste des endroits où il doit faire ses achats. Notre élite bien-pensante n'éprouve que dégoût pour ce qu'elle appelle «la société de consommation». Pouah! Comme cela est vil, n'est-ce pas, et si vulgairement matérialiste! Et le pauvre Peuple, n'est-ce pas, si puéril et si irréfléchi, qui s'imagine que d'avoir accès à une diversité de produits, dans une diversité de lieux, dans un contexte de concurrence de prix, améliore son niveau de vie. Quelle naïveté!
Trêve d'ironie! S'il y a des individus qui, par une décision libre, trouvent avantage à acheter chez Wal-Mart, où est le scandale? Où est le péché mortel? Parce qu'il n'y a pas de syndicat chez Wal-Mart? Il n'y en a pas non plus chez Sears, Zellers, ameublement Tanguay, Maxi et mon dépanneur du coin. Vais-je bouder mon dépanneur du coin? Parce que Wal-Mart est une Grosse Américaine? Dans ce cas-là, il faut éviter Sears, Zellers et même… Dollarama (qui vient d'être acquis par des Américains). Et je suppose en toute équité que les Américains de leur côté devront boycotter chez eux les pharmacies achetées par Jean Coutu, les dépanneurs propriétés de Couche-Tard et les imprimeries de Québécor. Parce qu'on y vend des produits Made in China? Et alors? Si ces produits sont de bonne qualité et à prix compétitifs, pourquoi s'en priver?
Dans une démocratie, un citoyen ne vote que tous les quatre ans. Dans une économie de marché, un consommateur vote (c'est-à-dire exerce son libre-choix) à chaque fois qu'il achète. Je vous le dis tout net: je n'ai pas plus de remords, en tant que consommateur libre étant le mieux placé pour savoir ce qui me convient, d'aller chez Wal-Mart ou Canadian Tire que de me rendre faire l'épicerie chez Cooprix (dont je suis membre depuis 1965) ou d'acheter mon pain dans une petite boulangerie. Me suivez-vous toujours?
Jacques Brassard
(cette chronique a d'abord été publiée dans le journal Le Quotidien, au Saguenay-Lac-St-Jean, et est reproduite ici avec l'autorisation de l'auteur)



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